Activités équestres handi-cheval
Sport adapté autour du cheval

"L'avis du psychiatre"

Sur le plan psychologique la pratique de l'équitation repose à la fois sur la relation affective et psychologique avec un animal et sur l'acquisition de compétences sportives spécifiques. La pratique en extérieur apporte en plus les bienfaits de la proximité de la nature, à laquelle les humains restent très sensibles.

La première relation à l'animal qu'est le cheval est parfois ambiguë, mélange de peur qui peut aller jusqu'à la phobie (Freud a magnifiquement décrit les phobies équines et les angoisses de castration du petit Hans), mais aussi de sensualité archaïque et régressive autour du chaud, du bercement, de la douceur,  tonalités très maternelles (C'est l'âne de la crèche qui réchauffait de son souffle l'enfant Jésus).
Ensuite va pouvoir se développer une relation d'autorité de l'homme sur l'animal avec la nécessité de rappeler au cheval sa place dans la hiérarchie homme-animal. Puis du fait de la soumission consentie par le cheval, c'est le sentiment de responsabilité vis à vis de l'animal qui va dominer. L'animal vous obéit, vous en devenez responsable. 
Va venir le temps de la fierté de monter à cheval, qui tient plus à l'introjection des qualités intrinsèques de l'animal qu'à un réel exploit sportif. Enfin c'est l'expérience du sentiment de liberté que procure l'équitation en extérieur par la découverte de la nature (les animaux sauvages n'ont pas peur des chevaux) mais aussi de l'affranchissement de la pesanteur, de la lenteur et du manque d'autonomie. C'est Pégase qui transporta le prophète Mahomet dans son voyage au paradis.


 

Pour l'enfant et la personne handicapée

Dans l'approche de l'animal l'enfant et la personne handicapée vont pouvoir retrouver ces différentes étapes dans la construction de la relation à l'animal : répulsion, peur, affection régressive puis affirmation de soi, autorité, responsabilité, fierté et plaisir. C'est un vrai travail qui demande présence et technicité pour les y accompagner.

Le vécu du handicap peut se mesurer à la dépendance que la personne handicapée ressent vis à vis d'autrui. C'est là que l'utilisation du cheval peut modifier la donne. En effet le cheval est un animal totémique dont l'homme a utilisé les compétences. Le cheval donne à l'homme la vitesse, l'endurance, la force, la domination parfois, mais aussi sa présence chaude et confortable, son affection bonhomme et désintéressée. La personne valide en bénéficie en montant à cheval mais la personne handicapée aussi, et le cheval n'en est avare ni pour l"une ni pour l'autre. En d'autres termes l'homme comble ses handicaps de vélocité, de force, d'autorité, d'endurance en utilisant le cheval dont il dépend alors, valide ou handicapé. L'équitation est le seul sport olympique où l'utilisation de l'animal est autorisée comme suppléance aux qualités physiques du compétiteur. C'est pourquoi c'est aussi le seul sport ou hommes et femmes concourent ensemble et briguent le même podium. L'équitation annule les différences de puissance physique.

Le handicap se caractérise aussi par un sentiment fréquent de dévalorisation de soi (dévalorisation narcissique) qui peut s'atténuer à cheval pour deux raisons : le cavalier domine sa monture qui lui donne sa force et monter à cheval est une situation valorisante et reconnue, sans doute comme signe de courage, d'audace, d'agilité et de caractère pour savoir dominer  un tel animal et s'en faire l'ami (l'expérience montre que c'est toujours préférable...). L'exploit le plus légendaire d'Alexandre le Grand est d'avoir réussi à chevaucher Bucéphale! Tout cavalier participe peu ou prou de cette légende.

Alexandre le Grand et Bucéphale

Un autre aspect de cette revalorisation narcissique s'observe dans l'identification de la personne handicapée au monde des cavaliers dont son moniteur, ce qui est particulièrement net chez les enfants. La personne handicapée ne s'identifie plus à son handicap mais au peuple des cavaliers ou à sa monture.

L'enfant et la personne handicapée sont souvent infantilisés du fait de leur dépendance à autrui. La relation à un animal comme le cheval (mais c'est aussi vrai avec le chien) va inverser les rôles et leur permettre d'exercer des responsabilités en toute indépendance, expérience riche aussi bien en randonnée (lui seul dirige sa propre monture) que dans la prise en charge du cheval (mise au paddock, pansage, affouragement, respect du matériel et des règles de l'écurie, etc.).

Les difficultés psychologiques, la dépendance physique ou psychologique liées au handicap peuvent entraîner un certain enfermement sur soi, et donc une limitation de l'autonomie personnelle. Le travail équestre en extérieur a cette vertu d'apporter un contraste saisissant en autorisant l'autonomie dans un milieu non protégé (on peut y rencontrer des dangers divers) et de procurer un sentiment de liberté que seuls les cavaliers peuvent connaître...

On ne peut sans doute pas parler de travail thérapeutique au sens psychanalytique du terme pour l'équitation adaptée, mais cette discipline, qui n'est pas seulement un sport, accompagnée par des personnes formées à ce travail, a les mêmes vertus thérapeutiques d'intégration, d'autonomisation, de maturation que la scolarisation ou le travail. A cheval, l'enfant et la personne handicapée acquièrent elles aussi indépendance, autonomie, autorité, reconnaissance, aussi bien vis à vis de l'animal que de la société.

Dc DR